Charlie Hebdo, la mort de Charlie, pour Charlie, contre Charlie, la récupération de Charlie, la répression après Charlie, les oublies, les histoires oubliées, le retour du refoulé et le reste que l’on oublie souvent.

Dans le texte qui suit les amis, les ennemis quelques considérations que je dédie à ces journées et aux choses, aux trop de choses oubliées, jamais évoquées dans les télés.

Au cimetière des horreurs

 

Au cimetière des horreurs on a construit l’usine de la terreur :

Ce sont les morts numérotés et les numéros sans fin:

132 tous des enfants, 2000 des personnes,

13, 4…seulement des personnes et jamais un chien ou une soustraction.

Que des explosions des chiffres, que de gens mitraillés par des numéros croissants.

Au cimetière on a construit un écran et dans les écrans des cimetières

des pièces numérotées qui ont comme numéros des vies et comme noms des dates.

Pour chaque date un numéro,

anonyme lorsque celui-ci est grand,

identifiable s’il est petit et important.

Si le nombre est élevé l’usine fabrique seulement de la peur.

S’il est petit et tout prêt dans les écrans on nous fabrique l’assassin ou le terroriste sur mesure. Mais comme ce qui s’est passé à Charlie Hebdo il arrive que le terroriste ou l’assassin sort de cette même et grande décharge dans laquelle, par tous ces braves gens qui parlent si bien, si fort et si souvent depuis la poubelle ouverte des grands écrans, avaient été balancés, tels des sachets, à la hâte et sans le moindre regret, dans la benne toujours écarquillée de l’exclusion et du rejet.

Au marché de la télé on vendait des pièces détachées: c’étaient des numéros brisés que l’on vendait à jamais.

Les numéros il y en a qui les fabriquent à la maison et les noms, quant à eux, on les fabrique au centre où bien en périphérie. Ceux de Mohammed Merah, Amedy Coulibaly, Chérif e Saïd Kouachi disent banlieue où les statistiques grandissent sans cesse: immigration, discrimination, ghettoïsation, marginalisation y sont toujours en progression, le gouvernement français, qui aime les abréviations, les appellent chômage, délinquance à l’occasion et envoie dans cette même direction les CRS et la police : sait-on jamais,

ce n’est que simple prévention ! Crient les institutions.

Après plus de 60 ans d’immigration, il y a 10 ans le scandale des émeutes en première vision dévoile au grand public la discrimination à l’embauche et le racisme des patrons. À la télévision tout cela brillait comme de l’or mais dans les cités, à part le chômage, il n’y avait aucun trésor.

Si t’habites en banlieue et t’es noir ou arabe, si tu t’appelles Amedy ou Mohammed alors tu peux attendre et faire la queue pour te retrouver à chaque fois à la case zéro, ou bien te détendre et il y a de quoi se distraire : tout autour que des tours de misère, du temps à gogo et suffisamment de béton pour ne pas t’y plaire.

Lorsque la crise montre ses dents par des successives délocalisations et qu’elle fait grimper la côte du mécontentement, elle enlève d’abord le travail et les sous à tous ceux qui, vivant des petits revenus, dans leur boulot ne trouvent aucun salut.

Lorsqu’elle introduit dans des familles entières le ver du présent avec dedans la précarité et le dénuement,

lorsque augmente la répression parce que l’on se bat pour une meilleure condition, c’est l’état

qui se pose en bastion en menottant tes revendications et en fichant au crayon rouge ton nom.

Lorsqu’à la place du capital culturel on t’as implanté le code pénal et à partir de tes quatorze jusqu’à tes trente ans tu connais l’état pour les séjours qu’il t’as offert en prison,

lorsque les écoles tombent en pièces, les professeurs débutent, lorsque les places dans l’enseignement sont supprimées au nom de l’économie de marché et il se passe que l’on retrouve quarante élèves par classe, lorsque pour le ministère de l’éducation l’école publique devient une option, lorsque pour n’importe quelle association obtenir des aides et des subventions pour aider les gens deviennent une vraie malédiction, lorsque l’on investit très peu ou presque rien sur les gens et leur destin et on ne leur vend que des mirages farcis des sondages, qu’est-ce que reste-t-il des personnes?

Existent des responsabilités précises, des causes et des effets:

L’absurdité?

Trop simple et commode.

La folie?

C’est une véritable hérésie.

Le parcours de quatre assassins, très semblable, très proche dans leurs chemins, marche sur le même destin. L’échec social et culturel est tatoué sur leur mains jusqu’aux orteils en tout pareil à ces de ceux que l’on retrouve si souvent dans cette corbeille dans laquelle, l’État, la République, les banques, les politiques, les démagogies, l’économie, la police d’État, les jettent chaque jour telles des poubelles.

Les tueurs et les assassins, lorsqu’ils sont enfants, ont le même regard et les mêmes yeux des gosses qui tous les matins tu tiens par la main. Vas voir à Naples ou à Palerme où sont nés les tueurs à gages et les assassins de « Cosa nostra » et des parrains.

Les monstres aussi on les fabrique grâce au vide et aux numéros. Les monstres aussi on le fabrique chez eux.

Combien ça coûte un monstre ?

60 ans d’exclusions et beaucoup de vies.

Combien coûte la peur ?

Beaucoup d’armes et de drames, jusqu’à ce que le drame ne se transforme en spectacle et l’horreur des numéros en audience.

Combien elle coûte la peur ?

Beaucoup de liberté.

Dans la grande cour du spectacle des horreurs le Président et le ministre de l’intérieur n’ont pas besoin d’effets d’ampleur car leur compassion en carton et la peur « multimédiale » produisent des réactions spectaculaires et un résultat phénoménal : ils demandent à grand voix l’unité nationale.

Le chien de garde de l’Élysée ne lésine pas sur les dépenses,

il traverse les consciences et bat le pays à toute vitesse sur l’autoroute sûre de la détresse.

Contrôle et sécurité, pourquoi s’inquiéter ? L’héroïsme et le courage des forces spéciales sauverons la France du terrorisme et de l’islam radical ! (Rémi Fraisse devrait s’en souvenir, lui qui a eu droit à un traitement spéciale tout comme les manifestations en son honneur. Mais ce n’était que la 26 octobre 2014).

Écoutes et vidéosurveillance sur chaque ordinateur, portable ou voyageur. Avec le plan Vigipirate personne ne doit s’inquiéter : à chaque kilomètre ou mètre carré un gendarme, un militaire ou un policier.

Combien des regards sérieux sur les plateaux, les plus tristes ce sont ceux des spécialistes et des faiseurs d’opinion qui ne perdent jamais l’occasion de contribuer, avec leurs certitudes en béton, à rassurer les gens. Pour terminer le travail des gouvernants ils bouchent les dernières caries de la peur montant en y fourrant dedans du ciment savant.

Mais combien de ces personnes ont mis les pieds dans un quartier ou cité pour pouvoir en parler ?

Peu, très peu pour pouvoir les compter.

Au supermarché de la peur on cherchait la paix avec un détonateur.

Les dates parlent avec les nombres et les nombres avec des dates.

Les drones eux ne parlent pas parce que télécommandés.

Le pétrole non plus parce que noir.

Et les numéros télécommandés sont noirs et muets:

3.145 personnes

175 enfants.

Numéros non conformes aux grands écrans des télés.

En Iraq, au Pakistan, en Somalie ou au Yémen il n’y a-t-il pas de journaux ou de télés pour diffuser dans le monde ce genre de données?

Pourquoi on ne lutte et on ne descend pas dans les rues pour manifester contre ces victimes oubliées, manifester pour ces enfants et ces civils assassinés que les statistiques des grandes attractions ne montrent jamais dans nos télévisions?

Si cela s’était passé en France où en Italie on serait déjà dans la rue à crier notre rage notre mépris pour tant de gens, tant d’enfants sans raisons tués. Lutter, résister, militer, lutter, résister, contester, toujours critiquer, s’insurger c’est ce que tous les jours faudrait faire: ne pas se taire.

Mais du jour au lendemain on descend de nos fauteuils, des commodités meublées dans lesquelles les informations lyophilisées des médias et de la télé nous ont confortablement installés et poussés par l’émotion télécommandée, par des pensées devenues fusées de solidarité, par le Président de la République, marionnette de lobby et des marchés financiers, avec des opinions enragées soudainement poussées, sur les ruines des revendications et des luttes sociales nous marchons à côté de ceux qui depuis leurs bureaux, par un simple petit mot, répriment à tout moment les résistances et les critiques à ce même modèle social cynique qu’ils défendent avec leurs crocs, arrachés à ces salauds par les caricatures des journaux (voir Charlie Hebdo). Et nous nous unissons à eux, pour manifester au nom de Charlie Hebdo, sur lequel beaucoup, trop, avaient craché il y a peu.

Au marché de la paix les grands gardiens et les martyres défilaient,

main dans la main, ils marchaient,

ils marchaient, bras dessus bras dessous,

pour afficher leur douleur en papier,

et ils défilaient en vrais martyres en vrais gardiens de la paix,

sauf que jusque-là ils avaient très peu risqué.

Le martyres de la paix manifestait,

et leurs armes étaient en laisse et tout prés.

Leurs armes étaient muselées au défilé

et tous ceux qu’ils avaient mordus disparus.

Les gardiens de la paix paradaient,

leurs amis et leurs marchés à côté,

les télés à leurs pieds.

Serge Dassault (sénateur UMP), Charles Edelstenne et le groupe industriel Marcel Dassault

Combien de numéros, avec leurs armes et leurs bourreaux.

Et combien encore General Atomics,
George Soros, Almaz-Antei, Norinco e Avic.

Des numéros muets et noirs trop noirs et trop muets pour les grands écrans.

Ils sont tous dans les comptes courants et dans les fosses communes des banques des multinationales des groupes plus puissants du marché mondial

Sans nom, sans fleurs, sans prénom sur leurs fronts

comme tant des dépouilles où chambres ardents.

Iraq, Afghanistan, Pakistan 225 mille morts en 10 ans.

Syrie 170 mille en 3 ans.

Pakistan, école de Peshawar, 132 enfants en 1 seul jour.

Combien de numéros, combien d’armes, combien de ressources au monde volées, monopolisées par des groupes et bandes armées, d’usines dans le monde délocalisées à sucer le sang, par des dictatures, des tortures, par la terreur et le pouvoir militaire, des pays entiers; combien des fortunes sourdes aux cris, aux souffrances, à la peur, combien de filières, de marchés de l’oppression, de main-d’œuvre dans le monde à disposition; combien de business, des paradis fiscaux avec l’appui des dirigeants, parmi les plus puissants, de pays, de banques et d’institutions mondiales de l’exploitation.

1.4.17.3.132.175.225.170.2000…le code barre de vies cassés ne cesse de s’allonger.

Des détails au général et du général aux détails, ce qui s’est passé c’est peut-être dans tout cela qu’il faudrait le chercher. Existent des liens, des références et des responsabilités certaines. Des livres et des armes de papier, des projectiles que l’on n’a pas chargé dans le fusil des idées, les armes vraies. Des armes que l’on n’a pas données pour lutter les armes qui servent à tuer. Des numéros naissent les numéros, des noms les armes, des armes les morts, du vide l’État islamique en France, des vides de l’État les frères Kouachi, Mohammed Merah et Amedy Coulibaly. Des Dassault et Edelstenne les frères Kouachi, Mohammed Merah et Amedy Coulibaly. Des États-Unis Al Qaida. De la misère, de la faim non nourrie la misère la plus noire, qui se comble avec tout ou bien avec des vides : hier avec des enfants, aujourd’hui avec les 17 victimes de Charlie Hebdo et de la porte Vincennes.

Salvatore La Tona

Charlie copie

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